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De grandes nomades, des grandes nageuses, de grandes questions

Les baleines à bosse sont célèbres pour au moins 3 choses : leurs spectaculaires sauts au-dessus de la surface, leurs chants et leurs routes migratoires. Pour aller des zones d’alimentation aux zones de reproduction, elles peuvent parcourir 5000, 6000, 7000 voire 8000 km. Même si ces routes ont permis de proposer 3 sous-espèces de baleines à bosse, elles restent encore un mystère, en particulier comment font elles pour se repérer ? En profitent-elles pour se mélanger génétiquement (une baleine femelle photographiée au Brésil a été également photographiée à Madagascar) ? D’autre part, nos études ont montré qu’elles restaient très actives même pendant les périodes de reproduction avec des distances parcourues de 100 km par jour.

Par Olivier Adam

Photo : @Alex Voyer

La nuit – La raison n’est pas connue à ce jour

Les baleines mâles chantent plus la nuit

Au cours des saisons de reproduction, les mâles entament des chants. Ils correspondent à des successions répétées d’unités sonores différentes émises dans un certain ordre. Ces vocalises peuvent avoir plusieurs fonctions, comme attirer les femelles, délimiter les territoires ou se localiser les uns les autres. Les mâles peuvent chanter dans une position typique, la tête vers le bas, et sur plusieurs heures, voire plusieurs jours. Différentes études ont montré que l’activité sonore était plus intense la nuit que le jour. La raison n’est pas connue à ce jour.

Par Olivier Adam

Photo : @Alex Voyer / Apnéiste : Marianne Aventurier

Le premier échange, assis au fond du bateau.

À un moment, Marion Ovize, Bertrand Denis et moi-même sommes rentrés au port.
La mer du vent se bat contre la houle.
La coque grince. Pourtant Bertrand accélère pour retrouver ses obligations terriennes.
Le bateau tape et l’on se demande si l’étrave va résister aux chocs. Nous tentons de plaisanter, de mettre une distance. Mais avec quoi ?

Peut-être que nous ne parlons de nous, de ce qu’il venait de se passer, de ce que nous avions entendu, vécu, vécu ensemble sur le petit rafiot d’Abyss, l’association d’observation des cétacés. Un choc. Nous n’avons pas résisté. Là bas au bout de la baie de Saint-Paul, nous nous sommes effondrés au fond du bateau.

À un moment, pendant ce retour chaotique, nous avons imaginé que le bateau allait se couper en deux, que tout notre matériel, nos microphones aquatiques et le haut-parleur aquatique, les enregistreurs, les cartes mémoires allaient être engloutis. Et avec eux les preuves de ce que ne nous n’avions entendu, vécu, vécu ensemble que le petit rafiot d’Abyss.

Alors tout est devenu matériel dans notre discussion.
Parce que là-bas, tout au bout de la baie de Saint-Paul, le réel avait ouvert une brèche.
Point d’écoute après point d’écoute.

Le premier au « point focal » au centre d’une baie parfaite, caisse de résonance des ébats amoureux baleiniers, des parades vocales des baleines chanteuses mâles. Nous ne voyons aucun dos, aucun souffle, pourtant, à l’écoute des microphones aquatiques, elles semblent très nombreuses dans les abysses.

Le second non loin d’un canyon sous-marin. Et là, force est de constater le jeu des échos ou le jeu avec les échos. Elles jouent de la réverbération des fonds marins comme elles pourraient le faire d’une cathédrale.
Le troisième au droit du canyon, tout près de la côte. Les chants surgissent à plein dans les casques. Nous ne savons apprécier la distance.
Est-ce qu’elles sont loin ?
Est-ce qu’elles sont sous le bateau ?
Sachant que le son dans l’eau se propage quatre fois plus vite que dans l’air et que ce que nous pourrions appeler des cordes vocales de 1,60 m. Olivier Adam a pris soin qualifier ces cordes vocales qui n’en sont pas ; ce sont des plis vocaux cartilagineux appelés aryténoïdes.

Après une prise de son d’une bonne demi-heure, je sors le haut-parleur aquatique.

Pour la première fois.

Et diffuse la Litany for the Whale de John Cage. Doucement. Avec un volume faible.
Une série de questions, réponses, silences.
De cette Litany, elles n’en ont rien à faire.

Comme elles n’ont rien à faire des bruits de bateau qui passent. Les chants restent les mêmes. Le phrasé change parfois. Mais aucun échange avec la Litany for the Whale. Juste une prise de son étonnante, où parfois les silences des unes semblent s’accorder au silence des autres.

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Alors je diffuse des sons pulsés, des grognements, des plaintes, des éclats de sons de baleines imités au basson. Et là, quelque chose se passe. Impossible de savoir comment tant l’émotion nous submerge. Le scientifique me dira de répéter un type de son. Ce sera son travail. Je vois déjà un développement qui se dessine. Je joue sur une combinaison de trois sons, puis cinq puis plus. Raréfie. Accumule. Les chants changent. Ils semblent s’acclimater. Varier. Jouer et répondre aux miens. Je n’ai pas de doute mais je n’ai pas la matière pour réagir au niveau de ce qu’elles proposent.

Nous jouons pendant une bonne heure.
Et puis un bateau passe, venant troubler la prise de son. Les baleines elles n’en ont rien à faire de ce bateau qui passe.

Pourtant, je fais silence.
Le chant reprend peu à peu sa forme d’origine.

Alors, comme pour se séparer dans la plus grande douceur.
Pour remercier.
Je diffuse Ondas Do Mar de Vigo, un cantigas de amigos de Martin Codax, un chant très ancien. Un chant galicien du 12e siècle. Une adresse a l’ami parti au large depuis le Finistère espagnole. Je pense aussi aux litanies des femmes d’Ouessant, chantées dans la solitude alors que l’amoureux est au large.

Et ce ne sont plus des unités sonores variées qui s’accumulent dans les chants de baleines, mais de très longs râles, qui se mêlent harmonieusement au chant très ancien. À ce moment-là, Marion Ovize, Bertrand Denis et moi-même, nous ne comprenons pas très bien ce qui se passe. Nous sommes incapables d’échanger. Les jambes ne nous portent plus dans le roulis du rafiot. Marion tourne la tête vers l’horizon et Bertrand se cache pour pleurer.

Assis au fond du bateau.
Dans le silence.
Les râles semblent très affirmés.

Les râles semblent amoureux.

Mais nous ne sommes que des humains·e·s, nous n’en savons rien.

Nous n’en savons vraiment rien.

Par Aline Pénitot

Photo : @Alex Voyer / Apnéiste : Arthur Guerin Boëri

Emettre un son

Les baleines n’ont pas de cordes vocales mais des plis vocaux cartilagineux.

Les mammifères terrestres, dont nous faisons partis, sont équipés de deux ligaments à travers la trachée, qui génèrent des sons, avec des modulations d’intensité et de fréquence qui dépendent directement de leur tension et de l’intensité du flux d’air. Les baleines à bosse n’ont pas ces ligaments. Mais on trouve, à la jonction entre la trachée et le sac laryngé, 2 cartilages recouverts d’une membrane plus ou moins épaisse. Ces 2 cartilages, appelés aryténoïdes, servent de verrou à l’entrée des poumons, évitant ainsi à la baleine de respirer de l’eau, un poisson, ou quoique ce soit qui ne soit pas de l’air.

En faisant circuler de l’air des poumons vers le sac laryngé, le flux d’air vient mettre en vibration cette membrane des aryténoïdes. Elle peut moduler l’amplitude en modifiant la force du flux d’air, et la fréquence en ouvrant plus ou moins les aryténoides. Elle peut générer des sons complexes en recourant aux 2 cavités nasales qui peuvent faire plus de 1m60 jusqu’aux évents !

Par Olivier Adam

Photo : @Alex Voyer

Première écoute : la puissance

Je reprends pas à pas. A un moment, il sera aussi question de projections, de directions, de tenir un cap. Mais pour le moment, il est question de circulations.

De circulations et de vibrations.

Celles qui arrivent par ondes, par vagues jusqu’à heurter la membrane du microphone sous-marin, puis celle du casque aérien et enfin de nos oreilles. Elles transforment alors les vibrations aquatiques ou aériennes en vibrations solidiennes, celles qui sont dues à un choc : la vibration tape le tympan qui vibre. Pythagore parle de cinq marteaux qui frappent l’oreille, et depuis l’antiquité, on sait que le son met un certain temps à se propager et qu’il est question d’intensité, de hauteur et de timbre. Plus tard, bien plus tard, il serra question de tempérament, d’intervalles entre les notes, d’accords, d’harmonies, on s’occupera de la manière dont les cinq marteaux frappent différemment sur l’oreille, de manière harmonique, de manière disharmonique. J’ai l’intuition que les musiques anciennes, celles qui existaient avant la notation musicale, vont être d’un grand recours.

Pour le moment, ce qu’il se passe sur le bateau, lors de cette première écoute, a une portée scientifique et ou poétique tout autre. Sans doute parce qu’il s’agit d’une proposition d’Oliver Adam. Pendant toute la saison baleinière, dans 4 coins de l’océan Indien, des observateurs des mammifères marins vont enregistrer en même temps les chants de baleines à bosse. La Réunion, Madagascar, Mozambique, Kenya. Il est questions de pouvoir comparer les chants, les phrases, les sous-phrases, les régionalismes, les tribus. Dans le même temps, dans quatre coins de l’océan Indien.

Le chant arrive à 12h30, en baie de Saint-Paul à la Réunion. On sort les sandwiches. L’enregistrement va être long. Et à la fin, pour moi, cela va s’appeler BAB1_SOUNDEVICE_21juil2018.

J’observe le bateau. Un œil à l’horizon. A la recherche de souffles. A la recherche de dos.

Et ils sont nombreux. A plusieurs endroits du plan d’eau.

Bertrand Denis, d’Abyss, association d’observation des mammifères marins, jette le micro à l’eau. Il met le casque sur les oreilles et « Ca chante, elles chantent,  !» et il faudra un grand temps pour qu’il veuille bien passer son casque.

De mon côté j’attends.

Le plan d’eau est encore chargé. Des souffles, des dos, des sauts. Et une foule de bateaux d’opérateurs ou d’opératrices.

J’attends une bonne demi-heure avant d’oser demander le casque. Le temps de faire rentrer du calme. Même si je sais que le casque est fermé, qu’il coupe des bruits environnants.

Ce qui se passe à l’écoute d’un chant de baleines, lors de ma première écoute d’un chant de baleine n’est semblable à aucun sentiment connu. Je ne sais pas en décrire la portée. Le chant entre dans l’oreille et le cœur en même temps, au même moment et ne cesse de monter en intensité. Comme s’il avait toujours été là. Tue. A l’en-bas. Tapie quelque part dans les tréfonds. Et qu’il surgit sans aucune retenue. Puissamment.

Par Aline Pénitot

Photo : © Alex Voyer / Apnéiste : Arhtur Guerin Boëri

Soudure critique – épisode deux.

Le haut-parleur sous-marin devait être révisé, prêt à être plongé dans l’océan indien, prêt à diffuser des sons de basson, prêt pour les sons litaniques, les sons apnéistes.

Prêt à appeler les baleines.

Seulement voilà, une fois pluggé.

Rien. Mais alors rien de rien. Même pas un petit crachat que l’on entendrait à peine en posant son oreille tout contre le haut-parleur sous-marin. Pire que dans l’épisode précédent. Rien qui ne puisse faire signe à une baleine à bosse dont la trachée à elle seule fait quelque chose comme un mètre vingt. Ce n’est toujours pas le moment de parler de la cage thoracique d’un grand mammifère marin. Fichtre. Cette fois-ci, je n’appelle même pas le revendeur agréé de Montpellier. Je file chez Didier, de Fotolec, dans un recoin de Saint-Denis. Il n’est plus question de bypasser le transformateur usé.

Cette fois-ci c’est la fin. Le circuit intégré, celui qui transforme le son vers le haut-parleur, celui qui amplifie le son. Le fameux TDA 1562Q. A pété. Comme on dit ici pour le volcan. Le volcan la pété. Le circuit la pété. L’ampli la pété. Pour moi, c’est pareil. La entièrement pété.

Et pas l’ombre d’un circuit TDA 1562Q sur toute l’Ile. Il faut «attendre le retour de Gonthier », vers le 7 aout.

Ca a pété donc. Pété, pété, pété. Je tourne en rond dans la boutique de Didier. Au milieu des système son pour soirées piscines et barbecues. Pour les dimanches pique-nique. Une tradition extrêmement ancrée de la Réunion.

La pété. Elle a envie de tout péter.

Il me reste les hydrophones, de quoi faire des prises de son aquatiques de baleines. Mais plus de haut-parleur sous-marin. Je me dis que j’aurais du temps à perdre, beaucoup de temps à perdre, que je pourrais enfin passer des dimanches pique-nique dans des lieux sublimes de l’Ile. Peaufiner ma recette du rougail saucisse au feux de bois en écoutant Nathalie Natiembé sur un système son de Didier. Je redeviens terrienne. Peut-être même j’inviterais Didier et sa femme pour les remercier, pour la douceur, pour l’attention, pour la rapidité, la finesse des soudures. Pour l’écoute. Il faudra vraiment travailler la recette du rougail saucisse.

La pété. Je redeviens terrienne, j’ai du rougail saucisse dans la tête. Je me pose sur un gigantesque flycase. Je ferme les yeux.

Je pense à Roald Amundsen. Mon marin. Celui qui découvre le pole nord, celui qui découvre le pole sud. Celui qui traverse le Passage du Nord-Ouest pour la première fois en 1906. Je pense à son rapport au progrès, à la technique, à la navigation. Alors que le grand siècle bât son plein et avec lui l’industrie. Il part avec un petit bateau, quelque aguerris, un ridicule moteur et il franchit le Passage du Nord-Ouest pour la première fois. Il lui faudra trois ans. Pas en tournant le dos aux techniques qui s’imposent ça et là. Mais en s’appuyant sur celles et ceux qui demanderont d’être appelés plus tard les inuit. Pas en regardant de loin depuis le pont d’un voilier des kayaks et des baleiniers, mais en accueillant à bord un marin groenlandais. Pas en relatant des rencontres improbables, mais en s’arrêtant deux années durant, dans une baie, pour apprendre, pour écouter, pour sédimenter. Et y laisser des traces génétiques. Il n’y pas plus de norvégien ou d’inuit, il y a des métisses.

Je me pose sur un flycase chez Didier, soudeur précis. Je pense rougail saucisse et pique-nique. Amplificateur et haut-parleur sous-marin. Didier a entendu mon silence. Il ne dit pas un mot, il prend une « boom-box-waterproof-12 volt », spécialement conçue pour être autonome une journée pluvieuse de pique-nique réunionnais. Et Didier dit : « Tu vois là, je pourrais installer une prise speakon pour brancher ton haut-parleur-sous-marin, et puis là un interrupteur comme ça tu pourrais choisir d’envoyer le son à la surface sur le bateau, ou dans l’eau. »

Et une heure plus tard. Didier me fait une réduction sur le prix de la boum-box. Et oublie de se faire payer pour les conseils, la main d’œuvre, l’expertise, le soutien. Aujourd’hui pour moi, Didier est devenu Roald Amundsen.

Par Aline Pénitot

Note : penser à peaufiner la recette du rougail saucisse pour Didier et sa femme.

Extraits musicaux

 

 

Renverser une écoute vers celle de la baleine

Une composition humain-baleine / Sur une couronne de haut-parleurs (9.1)
Aline Pénitot compose concrètement de la musique dans la lignée de la
démarche de Pierre Schaeffer1 ou Luc Ferrari. Elle décèle le potentiel musical
des sons captés par des microphones en studio ou dans la nature. Elle ne
s’attarde pas sur les hauteurs ou le rythme mais la vie intrinsèque des sons
(profil de masse, dynamique, timbre, grain, allure…) pour inventer des processus
de composition. C’est avec cette écoute particulière, que l’on appelle
« l’écoute réduite », qu’elle découvre des similitudes timbrales stupéfiantes
entre le basson et les chants de baleines à bosse. En les mélangeant, ni Aline
Pénitot, ni Olivier Adam, ni Brice Martin, le bassoniste, ne savent reconnaître
ce qui vient du basson ou de la baleine. Pour La Réponse de la baleine à bosse /
phase 1 – Tentative de dialogue, elle compose une pièce qui déroule la pensée
d’Oliver Adam pour fabriquer un renversement du point d’écoute vers celui
de la baleine. En partant de l’avis très singulier d’un chasseur inuit, cette pièce
traverse la Litany for The Whale de John Cage en l’entremêlant aux leitmotivs
des cétacés. D’étranges similitudes entre les chants de baleines à bosse et le
basson apparaissent, à moins qu’il s’agisse d’une plongée en apnée en eaux
profondes au milieu d’une couronne de haut-parleurs. Chacun des concerts
est précédé d’une conférence d’Olivier Adam et l’on peut entendre combien ses propos éclairent la composition qui survient. Chaque concert-conférence est l’occasion d’échanges sans fin avec le public qui se prolongent parfois au café du coin.
Il semble aujourd’hui important de proposer ces recherches musicales aux baleines et d’inventer une manière d’interagir avec elles. D’en profiter aussi pour approfondir notre empathie. D’en profiter pour inventer une interface qui puisse aussi être utilisée par tous.
La pièce électroacoustique issue de ces interactions enregistrées en mer développera trois tableaux issus des matériaux proposés aux baleines et comment ils se transforment lors des interactions : une approche, un dialogue, une immersion vers les mondes sous-marins.

Vers la création d’une interface humain-machine-baleine

Olivier Adam est avant tout bioacousticien, spécialiste du traitement du signal, spécialiste des chants de baleines à bosse ; Aline Pénitot a fait des études de compositions électroacoustiques qui entremêlent les techniques du son, leurs traitements numériques et la composition. L’interface numérique qu’ils imaginent aurait de nombreuses retombées sur les questions scientifiques actuelles ; il s’agit également du premier instrument de la lutherie numérique permettant de jouer à partir des sons émis par les baleines et avec les baleines.
La pollution sonore des océans par les activités humaines ne cesse d’augmenter
et son impact sur les cétacés est maintenant prouvé. L’interface n’a pas vocation à devenir une appli qui participerait à la pollution sonore des océans. Bien au contraire, conscients que la mer n’est pas le monde du silence, Olivier Adam et Aline Pénitot souhaitent initier un tout autre rapport des humains aux animaux, un rapport qui tiendrait enfin compte de la perception intelligente et sensible des baleines.
La conception de l’interface n’est donc pas uniquement une question technique. Elle suppose une sérieuse écoute des chants de baleines pour s’en extraire peu à peu afin de chercher à dépasser notre écoute humano‑centrée.
En empruntant le chemin ouvert par le compositeur Pierre Schaeffer, Aline Pénitot propose une écoute des phénomènes sonores (et non plus leurs caractéristiques musicales classiques). Elle cherche à aborder ce que Pierre Schaeffer appelle le « langage des choses » afin de se « libérer du conditionnement de ses habitudes antérieures ». La création de cette interface
suppose plusieurs étapes réalisées au sein du Lam et développée grâce à Maxime Lance, ingénieur du son, développeur d’interfaces sonores pour Césaré, centre national de création musical de Reims. Elle sert à transmettre des sons depuis le bateau, enregistrer les réponses des baleines à bosse et à transformer les sons proposés initialement. Et ce dans un continuel allerretour entre l’humain et l’animal.
L’interface n’est pas seulement un outil à destination d’Olivier Adam, Aline Pénitot et des baleines, mais elle sert également aux actions de médiation menées notamment auprès des plus jeunes comme des grands. L’interface sera donc à la fois développée pour interagir avec les cétacés mais aussi pour que le tout public puisse jouer avec elle.

Une aventure inédite – quelque chose d’un peu fou

Quelque chose d’un peu fou, d’un peu aventureux, d’assurément
scientifique, très certainement musical.

Olivier Adam est engagé dans trois projets de recherche : le recensement
des émissions sonores des cétacés de Saint-Pierre-et-Miquelon, la détection
des baleines bleues antarctique par acoustique passive et l’étude des chants
de baleines à bosse. Aline Pénitot est compositrice électroacoustique, journa
¬liste, productrice pour la radio mais aussi une des rares femmes à traverser
le pole nord magnétique, à la voile. En 2012, elle rencontre Oliver Adam
lors d’une de ses conférences au Centre Culturel Inuit. Ce sera le début d’une
grande conversation croisée qui se développe d’année en année.
Quelques semaines après cette rencontre, Aline Pénitot entend Brice Martin,
bassoniste, improviser à l’issu d’un concert. Elle est alors stupéfaite des
relations musicales entre le basson et la baleine à bosse. Brice Martin, un peu
confus, dira alors : « Mais pourquoi ces baleines jouent-elles du basson ? »
En juin 2016, Olivier Adam et Aline Pénitot créent au Muséum d’Histoire
Naturelle à Paris La Réponse de la baleine à bosse / phase 1 – Tentative de
dialogue. Olivier Adam débute par une conférence enlevée et parfois drôlatique
sur ses dernières recherches. Aline Pénitot, musique électroacoustique, et
Brice Martin, basson, déroulent ensuite un concert en trois parties, un concert
scientifique qui se promène ensuite sur les ondes de France Inter, RFI, France
Musique. Il fait escale à Césaré, Centre National de Création Musicale de Reims,
avant de s’amarrer à Why Note à Dijon. Autant de moments de préparation
pour La Réponse de la baleine à bosse / phase 2 – Interactions férales, dont le
but est de proposer aux baleines le fruit de leurs recherches scientifiques et
musicales et de revenir pour un concert scientifique immersif. Aujourd’hui,
Sophie Bernado reprend et prolonge le travail initié avec Brice Martin.

Un projet art-science singulier, innovant, poétique

Un concert-conférence en diffusion
Deux missions de terrain à la Réunion été 2018 et 2019
Un concert-scientifique en production
Un interface musicale aquatique humain-machine-baleine
Un documentaire radiophonique

La Réponse de la baleine à bosse est un projet musique-science qui entremêle les travaux du professeur Olivier Adam, bioacousticien spécialiste en chant de baleines, et de la compositrice Aline Pénitot, qui travaille la musicalité des sons de la nature.
Olivier Adam et Aline Pénitot questionnent ensemble le mystère des chants de baleines depuis 2012. Après plusieurs concerts scientifiques (Muséum d’Histoire Naturelle, Césaré, Why Note, le Couvent des Dominicains..) et émissions de radio (France Inter, France Musique, RFI, Radio Irlandaise, Radio Belge), les voilà en train de préparer une session d’enregistrement en juillet à la Réunion. Ou plutôt d’interactions avec les baleines à bosse grâce à une interface numérique développée en amont. Ce type d’expérience n’a jamais été tenté auparavant. Cela tient à la fois de l’expertise d’Olivier Adam et de la manière dont Aline Pénitot travaille le son, ou plutôt sur l’écoute des phénomènes sonores. Elle a par exemple découvert des relations trimbrales stupéfiantes entre le basson et les baleines à bosse, de sorte que ni Olivier Adam, ni le bassoniste, ni elle-même ne puissent reconnaître ce qui est de l’ordre du réel ou du figuré.
Et si plutôt que d’enregistrer les cétacés et d’analyser leurs chants comme le font habituellement les scientifiques, si plutôt que de s’inspirer des chants de baleines comme ont pu le faire certains compositeurs (John Cage, George Crumb, David Rothenberg), ils tentaient d’interagir avec eux par des sons diffusés dans l’océan ? Et s’ils revenaient avec des nouvelles données scientifiques à analyser ? S’ils revenaient avec de nouveaux enregistrements servant de base à une composition musicale différente ?
L’équilibre des océans est menacé et nous sommes très inquiets pour l’avenir de notre poumon bleu. Au fil des années, notre capacité à imaginer des solutions semble même s’amoindrir. D’un côté les scientifiques ne cessent d’alerter l’opinion à grand renfort de chiffres alarmants et indispensables à la compréhension des dérégulations. De l’autre, les artistes s’attardent à représenter ces dérèglements. Trop peu de projets sont menés à égalité par un binôme artiste-scientifique qui se fixe comme défit de provoquer une réelle prise de conscience. Olivier Adam et Aline Pénitot s’attachent à ce que la connaissance scientifique abreuve l’émotion esthétique et réciproquement afin que s’ouvrent de nouveaux possibles sociaux. De sorte que le récit artistique décuple le récit scientifique et et réciproquement.